Skip to main content

Campagne : Levée du secret bancaire et taxe des millionnaires, pas l'une sans l'autre

Faut-il d’abord lever le secret bancaire puis introduire la taxe des millionnaires ou associer les deux d’emblée ? Il ne s’agit pas d’une discussion sur l’un ou sur l’autre mesure, mais d’un débat avec un enjeu.

Fin 2009, le gouvernement est confronté à un déficit budgétaire de 20 milliards d’euros : l’État a claqué des milliards pour sauver les banques. Et dit qu'il n'y a plus d’argent pour nos pensions et pour créer des emplois pour les 100 000 nouveaux chômeurs annoncés.
    Pour ramener de l’argent dans les caisses, le PTB, avec l’aide de ses sympathiques hôtesses de promotion, a relancé la taxe des millionnaires. Il y a quelques années, la CSC avait mené une campagne dynamique pour un impôt sur les fortunes, qui figurait même au programme de certains partis. La nouveauté, c’est que le PTB a chiffré très précisément les rentrées de cette taxe et visé ceux qui doivent payer. Bien vite, le fan-club de la taxe des millionnaires compte 10.000 membres. Le PTB organise des meetings dans toutes les provinces et lance ainsi à fond le débat sur ceux qui doivent payer la crise.
    Bien vite, la proposition a reçu du soutien. Aux piquets d’AB InBev, le secrétaire CSC Luc Gysemberg et le secrétaire FGTB Kris Croonenenborghs estiment que « Ça va de soi. ». Ils se demandent pourquoi « la politique ne l’a déjà pas introduite ». Lors d’un meeting à Anvers, le président de la CGSP Karel Stessens dit que « c’est une bonne idée à reprendre dans les propositions de la FGTB ». Et Ferre Wyckmans, secrétaire général de la LBC, est surtout charmé par l’appellation : « La taxe des millionnaires indique que nous devons faire des choix. Nous devons nous adresser à ceux qui disposent vraiment de beaucoup de capitaux, mais qui échappent toujours à la valse fiscale. » Jacques Thierry, président du MOC (Mouvement ouvrier chrétien) la soutient aussi, et enfin, même le président adjoint du SP.a, Dirk Van der Maelen, est pour cette taxe et se voit adresser aussi vite une carte de fan. Jusque-là, parfait.


Le PS freine des quatre fers


Le train commence à rouler jusqu’au moment où Marie Arena (PS) freine des quatre fers. Elle prévient : « Si nous prenons des mesures comme celles qu’annonce Dirk Van der Maelen, sans lever le secret bancaire, nous allons perdre des rentrées à coup sûr. » D’après Vers l’Avenir, Arena trouve « plus pratique d’y aller par étapes ». Même son de cloche chez Ecolo : « Ce qui nous préoccupe le plus, c’est la lutte contre la fraude fiscale avec, comme première étape, la levée du secret bancaire », déclare Georges Gilkinet. « Nous y allons étape par étape, il y a encore des années de travail devant nous. » Avons-nous vraiment le temps ? L’argent pour les emplois est nécessaire. Ne vaut-il pas mieux lever le secret bancaire d’abord, puis seulement après… ?


Taxe des millionnaires, « ça sonne bien »


Il est exact qu’avec le secret bancaire, il est difficile d’établir un cadastre des fortunes, et encore moins d’introduire une taxe des millionnaires. Mais il est tout aussi important que le Parlement approuve les deux mesures sous la pression d’une large mobilisation. Et on n’y arrivera qu’avec une argumentation claire et bétonnée. Et surtout, « levée du secret bancaire », ça ne sonne pas aussi bien que « taxe des millionnaires ». Ce n’est pas un détail. Si on ne dit pas pourquoi on veut cette « levée du secret bancaire », cette exigence va paraître un tantinet big-brotheresque, une immixtion de plus dans notre vie privée. Ferre Wyckmans, secrétaire de la LBC : « Si on parle de taxe des millionnaires, tout le monde peut voir ce que c’est. Je pense que ce peut être une campagne très mobilisatrice. »
    Faire en sorte que taxe des millionnaires et levée du secret bancaire ne fassent qu’un, de façon à ne pas perdre de vue l’objectif final, tel était le message qu’apportait le délégué CGSP du SPF Finances dans la discussion, lors de la journée d’étude du Financieel Actie Netwerk (FAN – Réseau pour la justice fiscale) : « Si nous voulons lever le secret bancaire, nous devons en premier lieu expliquer pourquoi. » Outre la lutte contre la fraude, « l’instauration d’un cadastre des fortunes doit rendre possible d’introduire un impôt équitable sur les fortunes ». La levée du secret bancaire est un moyen et non un but en soi. C’est important pour trouver du soutien car, autrement, on risque même de renforcer encore la méfiance vis-à-vis du fisc. Le moment est favorable pour acquérir un large soutien au sein de la population. « Jeter 300 personnes à la rue pour accroître d’avantage son profit. C’est limpide : ils recherchent le profit à tout prix », argumente Kris Croonenborghs au piquet d’AB InBev. Ce sont précisément des familles richissimes comme les de Spoelberch, de Mévius eu autres Vandamme, qui détiennent de nombreuses parts d’AB InBev, qui devraient payer la taxe des millionnaires.