Skip to main content

Felipe Van Keirsbilck (CNE)

Que pensez-vous de la proposition d’avoir des revenus qui garantissent qu’on aille chercher ces moyens-là non pas chez les travailleurs, mais chez les grands fortunes, les millionnaires ?

J’entends à ce propos deux grands discours. D’un côté, le PTB avec la taxe des millionnaires, l’impôt sur la fortune de la CSC ou la taxe progressive, ces idées sont proches. On veut augmenter les moyens des services collectifs, car il y a plus et mieux à faire. On ne veut plus aller chercher dans la poche des travailleurs qui paient déjà beaucoup, mais bien auprès des formes de revenus qui échappent aujourd’hui très largement à l’impôt : les grosses fortunes, ceux qui ont de gros capitaux immobiliers. Et ici on ne parle pas du travailleur qui s’est acheté une maison, mais bien des gens qui ont fait un business et qui vivent de revenus immobiliers. On ne parle pas du travailleur qui a économisé toute sa vie et qui a économisé 50 000 ou 100 000 euros. Ce sont les toutes grosses fortunes qui doivent contribuer.

       De l’autre côté, un discours très différent me fait peur. Sous le nom de « nouveau pacte social », dans la bouche de partis sensés être de gauche ou de centre, on entend « il faut remplacer l’impôt sur le travail par d’autres impôts ». Que comprennent-ils par l’impôt sur le travail ? Pas la TVA ou l’impôt sur les personnes physiques que le travailleur paie : ce sont les cotisations sociales que les entreprises paient aux travailleurs. Ces apprentis sorciers du pacte social veulent diminuer les cotisations sociales et on va les remplacer par autre chose, sûrement une autre taxe que les travailleurs devront payer eux-mêmes.

       J’ai bien ri d’entendre l’une des promotrices de ce pacte social (Laurette Onkelinx, ndlr) dire qu’on pourrait remplacer ces cotisations ou la moitié par une TVA sur les produits de luxe. Comme si mettre 33, 80 ou 99 % de TVA sur les cigares de la havane et le vieux whisky allait permettre de financer les allocations de chômage et les pensions des travailleurs. C’est de la vaste blague. Mais cette blague sera moins drôle le jour où on diminuera réellement les cotisations sociales. On voit bien ce que feront les entreprises avec les superprofits que permettrait une baisse de salaires sous forme de réduction des cotisations sociales : ça permet d’investir dans les Balkans, de fermer des boîtes ici, d’investir de l’argent dans les subprimes ou dans des titres financiers hasardeux.

       La taxe des millionnaires est proche de la vision de la CSC. Nous sommes donc favorables à un très large front pour une fiscalité plus juste. On va en avoir besoin.