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Le Guide du Richard (5) :: Famille de Spoelberch

À quoi ressemble la famille la plus riche de Belgique ? à une vieille famille de la noblesse contrôlant le premier producteur mondial de bière. Mais qui n’a certainement pas la gueule de… l’emploi.
 

Où dormir ?

Cher [plusieurs millions d’euros]

● Wespelaar. L’immense domaine de Wespelaar (commune de Haecht, dans le Brabant flamand), qui date du 12e siècle et s’étend sur 90 hectares (un périmètre d’environ 5 kilomètres) est l’un des exemples les mieux conservés de parc paysager à l’anglaise du 18e siècle en Belgique. Berceau, depuis quatre générations, de la famille de Spoelberch, il avait été acquis dès 1796 par les brasseurs Artois, dont ils sont les héritiers. Trois des enfants du vicomte Werner de Spoelberch (1902-1987), Nicolas, Philippe et Sibylle, vivent dans les multiples demeures du domaine (parmi lesquels un temple, une pyramide, un pavillon chinois et… un ancien bunker). L’imposant château style renaissance du 19e siècle a été détruit en 1954 et remplacé par un château de l’architecte Pierre Barbe, dont le classicisme élégant a longtemps fait le bonheur des riches industriels. Il est occupé par Nicolas, l’aîné de la famille, dont le fils Grégoire a succédé en 2007 à son oncle Philippe au conseil d’administration d’AB Inbev.

● Flawinne. Olivier de Spoelberch, fils cadet de Werner, occupe le château de Flawinne, dans l’entité namuroise. Comme il est actionnaire non actif d’AB Inbev, il a eu tout le temps voulu pour superviser la rénovation de sa splendide bâtisse du 18e siècle. « C'est une grande chance, j'en ai conscience », confiait-il au Soir en 2003.

● Londerzeel. Le château Drietoren – encore un – à Londerzeel (Brabant flamand) date de 1786. Il est habité par les frères Adolf et André de Spoelberch, cousins germains de feu Werner.

Où franchir la frontière linguistique ?

Les capitalistes adorent opposer les travailleurs entre eux. Wallons et flamands, notamment. Par contre, quand ça leur rapporte, ils s’unissent sans problème au-delà des frontières (linguistiques). Depuis 1971, les deux principaux brasseurs belges, le wallon Piedboeuf (Jupiler) et le flamand Stella Artois, officiellement concurrents, avaient opéré secrètement une participation croisée. En 1987, l’enquête sur une toute autre affaire, un trafic de diamants, a mis au jour cette alliance, que les actionnaires allaient officialiser en créant Interbrew en 1988.

Du côté de Jupille (Liège), les Piedboeuf produisent de la bière depuis 1853. Leur descendant Alexandre Van Damme est administrateur d’AB Inbev. Du côté de Louvain, Sébastien Artois achète en 1717 la taverne Den Horn qui, dit-on, brasse la bière depuis 1366. Sa petite-fille lègue le patrimoine à Albert Marnef, dont hérite son neveu Edmond Willems. Les deux filles de celui-ci épousent, l’une Adolphe de Spoelberch (1839-1913), l’autre Eugène de Mevius (1857-1936). Leurs descendants forment, avec les Van Damme, les trois familles d’actionnaires historiques du groupe brassicole.

En 2004, celui-ci fusionne avec le brésilien AmBev, puis rachète en 2008 l’américain Anheuser-Busch, pour former le premier brasseur mondial sous l’appellation AB Inbev.

Où conquérir un cœur noble ?

Les de Spoelberch appartiennent à une vielle famille de la noblesse, tombée dans la bière au hasard d’un mariage. Mais leurs mariages s’effectuent surtout parmi la noblesse : de Jonghe d'Ardoye (à deux reprises), de Pret Roose de Calesberg, de Neuforge, de Baillet Latour, de la Barre d'Erquelinnes, de Haas de Teichen, d’Aspremont Lynden, de Clermont-Tonnerre et autres d’Espiennes Cornet d’Elzius du Chenoy de Wal. Le vicomte Nicolas de Spoelberch est d’ailleurs administrateur du Cercle royal du parc, le cercle attitré de la noblesse belge (elle représente 70 % des membres).

Où trouver des arbres supérieurs aux hommes ? 

Philippe de Spoelberch, qui a longtemps représenté sa famille au conseil d’administration d’AB Inbev, est un « collectionneur d’arbres ». Président de la Société nationale de dendrologie belge, il écrit : « Les arbres sont heureux en Belgique. » Et les travailleurs à qui on refuse de prendre racine dans sa multinationale, sont-ils heureux, eux ?

AB Inbev compte 120 000 travailleurs dans 25 pays, produisant chaque année de quoi remplir 80 milliards de chopes. Le groupe a acquis des dizaines de brasseries et de marques à travers le monde, mais liquide de nombreux sites de production et emplois pour accroître ses profits. Début 2010, il a encore annoncé un nouveau plan visant à supprimer 10 % des effectifs en Europe occidentale (soit 800 postes). Or, la fortune des familles de Spoelberch, de Mevius et Van Damme a augmenté de 12,5 milliards d’euros ces neuf dernières années. De quoi payer le salaire de ces 800 travailleurs pendant 520 ans.

Où embaucher un valet ex-Premier ministre ?

Il n’y a pas qu’à la belotte qu’un valet peut être un puissant atout. Lorsque Jean-Luc Dehaene a perdu son poste de Premier ministre, il est entré au conseil d’administration de plusieurs grandes sociétés, dont AB Inbev, afin – a-t-il confié aux médias – de conserver son niveau de revenu. Il est donc ouvertement à la solde de ces riches patrons, auxquels il offre ses compétences et (surtout) son influence politique. Vous vous demandiez pourquoi la Constitution européenne – dont la rédaction a été confiée à la convention dont Dehaene était vice-président – a de tels accents patronaux ?

Où éluder l’impôt ?

Le groupe AB Inbev possède 32 filiales dans des paradis fiscaux (Bahamas, Bélize, Bermudes, Iles Caïman, Hong Kong, Iles Vierges britanniques, Jersey, Luxembourg, Panama, République dominicaine, Singapour). Quant à sa maison-mère, Stichting Inbev, qui regroupe les actionnaires historiques belges et brésiliens (46 % du capital), elle a son siège à Rotterdam. Et chaque famille belge contrôle la Stichting Inbev depuis des sociétés luxembourgeoises.

Mais le groupe profite aussi du paradis fiscal belge. Depuis 1986, le centre de coordination Cobrew bénéficie d’un taux d’imposition tournant autour de 1 %. Et à partir de 2006, cette société a recours aux intérêts notionnels. En 2008, ce régime lui a permis d’obtenir une déduction fiscale de 205 millions d’euros.

La fortune des Spoelberch

● Fortune 20091 : 13,76 milliards € (1er du top 100). Il s’agit de la fortune globale des trois familles actionnaires historiques du brasseur Interbrew, devenu AB Inbev : de Spoelberch, de Mevius et Vandamme.
● Evolution 2000-2009 : + 1 050 %.
● Taxe des millionnaires sur cette fortune : 412. 795 000 €. De quoi augmenter de 100 € par mois la pension de 343 996 pensionnés.

1. Selon les estimations du journaliste Ludwig Verduyn