Opinion : L’impôt sur les fortunes ou la taxe des millionnaires
Vendredi dernier, dans De Morgen, la présidente du Sp.a Caroline Gennez proposait une redistribution radicale des impôts. Pas un impôt sur les fortunes, toutefois, mais une « contribution sur les bénéfices tirés des fortunes[1] ». Eric Goeman et Jan Hasaers expriment leurs sentiments par rapport à cette proposition.
Manifestement, en ces temps de crise, un consensus prend forme pour s’en prendre aux fortunes des riches en leur faisant payer l’un ou autre d’impôt. Oui, bien entendu, les avis divergent encore sur la forme que doit revêtir cet impôt. Dans les milieux syndicaux, cela fait déjà très longtemps qu’on est partisan d’un impôt annuel sur l’ensemble de la fortune. D’ici peu, la FGTB comme la CSC tiendront leur congrès et l’impôt sur les fortunes se retrouvera sur la table. Plus tôt, les deux syndicats avaient déjà souscrit à la Charte du Financieel Actienetwerk (FAN – Réseau d’action financière), qui prône un impôt de 1 % sur les fortunes à partir d’un million d’euros. Le PTB aussi se range derrière cette vision et a déjà rassemblé 11.000 fans de la taxe des millionnaires. Il s’agit d’un impôt progressif de 1 % sur les fortunes de plus d'un million d’euros (maison non comprise), de 2 % au-dessus des 2 millions. Il ne touche que les 2 % des familles les plus riches de Belgique. Histoire de laisser tranquille le simple citoyen. Vendredi dernier, dans De Morgen, Caroline Gennez plaidait pour un impôt sur les bénéfices de la fortune, mais pas sur l’ensemble de cette même fortune : le débat emprunte néanmoins la bonne direction et il faudra s’atteler à la levée du secret bancaire.
Plus fondamentalement, il y a divergence sur l’utilisation de la recette de la taxe des millionnaires – 8 milliards d’euros. Pour Caroline Gennez, elle doit servir à alléger encore plus les « charges sur le travail ».
Parlons-en, de ces charges ! Ces dernières décennies, le crédo libéral de la « réduction des charges sur le travail » a suscité une énorme confusion.Les patrons se plaingnent des coûts salariaux trop élevés. Mais les salaires qu’ils paient se composent de deux parties. D’une part, le salaire direct, l’argent qui nous est versé chaque mois, à la banque, et grâce auquel nous vivons. D’autre part, le salaire indirect, la partie de « notre salaire » qui est mise de côté dans la tirelire de la sécurité sociale : pour financer un revenu de remplacement quand nous sommes malades, au chômage, les allocations familiales ou tout simplement pensionnés, etc. Sans elle, une personne sur quatre se retrouverait dans la misère en cas de chômage ou de maladie. Ce salaire indirect, cette sécurité sociale, c’est ce que les libéraux appelent « la charge sur le travail » et, à la demande des patrons, ils ne cessent de la réduire. Ces dernières années, ces « charges sur le travail » ont été réduites de sept milliards d’euros.
Dans un « discours socialiste » avant tout soucieux de justice et d’honnêteté, il n’y a pas de place à nos yeux pour ce « credo libéral ». Et certainement pas quand d’innombrables études prouvent que ces sept milliards de réduction n’ont fourni aucun emploi. Ni en période de crise, quand les besoins de la sécurité sociale ne cessent de s’accroître. Les huit milliards d’euros de rentrées d’un impôt sur les fortunes seraient bien mieux utilisés dans le secteur des soins, où dans l’enseignement. Et n’oublions pas non plus les pensions. Aujourd’hui, un pensionné sur quatre vit sous le seuil de pauvreté ou ne peut payer son séjour dans un home.
Soyons clairs : il n’y a pas de justice sociale sans justice fiscale.
[1]. La « contribution au bénifice du capital ». du Sp.a pourrait générer 8 milliards d'euros. Cette contribution, le Sp.a veut la combiner avec une suppresion du précompte mobilier et immobilier. Le produit net de la réforme ne rapporterait alors en réalité que de trois milliards d'euros.





