Taxe des millionnaires : on veut la vraie, pas la copie dénaturée !
Dans les coulisses, les négociations gouvernementales avancent : Di Rupo et De Wever veulent réduire le déficit créé par la crise et par l’aide versée aux banques.
La semaine dernière, les Français, les Italiens et les Grecs sont descendus dans la rue pour dénoncer les plans d’austérité et de réforme des retraites. Allons-nous en avoir des répliques ici ?
La pilule ne passe en tout cas pas chez nos voisins : partout en Europe, l’homme de la rue se demande pourquoi il devrait payer pour une crise provoquée par les banquiers, les spéculateurs et les millionnaires. Surtout que ces gens-là en ont les moyens : pourquoi donc nous et pas eux ?
Le 10 juin, le Boston Group Club révélait une étude affirmant que la Belgique est n°8 au niveau mondial pour la proportion de millionnaires en dollars : 3,5% de la population. En Europe, seule la Suisse fait mieux, en se classant troisième. A la Coupe du monde des fortunes, la Belgique serait donc en quarts de finales !
La taxe des millionnaires a été remise à l'ordre du jour par le PTB lors de sa campagne.
La FGTB et la LBC (pendant néerlandophone de la CNE) ont voté pour un impôt sur la fortune lors de leur dernier congrès.
Cet impôt est aujourd’hui également à l’agenda de certains partis. Mais attention, il s'agit seulement d'une tactique politique : quand on ne sait pas combattre une proposition, on la reprend pour mieux la dénaturer.
Prenez l’informateur Bart De Wever. À la recherche d’une nouvelle maison de cinq chambres avec jardin à Berchem (Anvers), il estime qu’il ne trouvera rien en dessous de 400 000 euros. Il part de son cas personnel pour lancer, à l’adresse de ceux qui défendent l’instauration d’un impôt sur la fortune : « Attention, vous allez toucher plus de gens que vous ne le pensez ».
Sauf que la Taxe des millionnaires proposée par le PTB ne vise que les millionnaires : elle s’applique aux patrimoines de plus d’un million d’euros, avec exonération de la maison d’habitation jusqu’à 500 000 euros. Donc elle ne s'applique pas à Bart De Wever, plus riche que le citoyen lambda, mais quand même moins riche que les millionnaires.
Prenez ensuite Di Rupo. « Di Rupo va-t-il imposer un impôt sur la fortune ? » titre le magazine financier Trends-Tendance qui révèle les pistes envisagées à la table des négociations. La piste la plus souvent citée n’est pas la taxe des millionnaires mais l’augmentation du précompte mobilier, c'est à direla taxe perçue sur les intérêts de l'épargne et sur les dividendes d’actions belges. La proposition circule de l’augmenter de 15 à 20 %, voire 25 %.
Or cette mesure-là toucherait en premier lieu le petit épargnant, et non les millionnaires : ceux-ci placent leur argent dans des produits financiers plus sophistiqués, qui échappent à l’impôt grâce au secret bancaire. Les millionnaires seraient donc de nouveau épargnés, au lieu d’être ciblés. De plus, cette mesure, qui toucherait une partie de la population, rapporterait peu.
Maintenant que l’impôt sur la fortune est à l’agenda politique, il ne s’agit pas d’en avoir une copie dénaturée et affaiblie. Mais bien d’obtenir un impôt qui vise uniquement les super-riches.


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