Tine Van Rompuy, marraine de la taxe des millionnaires
Tine Van Rompuy a apporté son soutien à la campagne taxe des millionnaires, lors d'une conférence de presse le 20 novembre sur l'accession de son frère au poste de président de l'Union européenne.
Je suis contente que mon frère soit devenu président de l’Europe. C’est un honneur pour lui et pour notre famille.
Dans notre famille, Herman est devenu, il y a une semaine, le grand-père de Jasper, le petit garçon de sa fille Laura. Et moi, je suis fière, depuis trois jours, d’être la grand-mère de Charlotte, la fille de ma fille Femke.
J’ai pensé que tout ça, c’était de bon augure pour que Herman devienne président de l’Union européenne. Et voilà, mon frère est devenu président de l’Europe. Je dois d’ailleurs le voir dimanche, car mon frère Eric fête ses soixante ans.
J’ai acheté deux petits cadeaux pour Herman. Parce qu’il est grand-père, je lui ai acheté un cigare cubain. Car des cigares pour clôturer une fête, là, au moins, il peut en profiter. Pour Herman en tant qu’homme politique, j’ai encore une autre surprise. Une belle petite boîte avec, dedans, une recette pour ce qu’on appelle une « taxe des millionnaires ». Cette belle petite boîte le dit bien : « Ce produit va changer votre vie ! » Car la taxe des millionnaires, ça veut dire que 2 % de la population, les plus riches d’entre les riches, vont être taxés en moyenne de 2 % sur leur fortune. Pour qu’il y ait de l’argent pour une Europe des gens, et pas une Europe des dividendes pour une poignée d’actionnaires. Je suis fière d’être la « marraine » de la campagne pour la taxe des millionnaires et nous cherchons plusieurs dizaines de milliers de fans de cette taxe.
En tant qu’infirmière et syndicaliste active, je rencontre tous les jours des gens qui n’apprécient pas l’Union européenne, car elle ne fonctionne pas pour eux. Avec très peu de messages positifs, l’Union ne parle que de concurrence et de commerce. Le capitalisme a créé des bulles spéculatives et les banques se sont quasiment effondrées. Nous étions à deux doigts que tout le système tombe en faillite. Tout d’un coup, on a trouvé des milliards d’euros pour sauver notre système. Mais de l’autre côté, on licencie des centaines de milliers de travailleurs. Sous l’impulsion de l’Union européenne, on privatise de plus en plus et, en Grande-Bretagne où ce processus a été le plus loin, le chemin de fer est privatisé, les trains arrivent en retard et la qualité du service s’est fortement détériorée. Le marché de l’électricité a été libéralisé et tout n’a fait qu’augmenter pour le consommateur moyen. Tandis que les géants de l’énergie font des milliards de bénéfices.
L’Europe est devant un choix. Et, aujourd’hui, mon frère est confronté lui aussi à ce choix. Qui va payer pour la crise ? Qui va payer pour les milliards qui ont été versés aux banques et qui ont creusé les déficits publics ? Soit les travailleurs, soit les responsables de la crise. Je veux défendre aussi une taxe des millionnaires dans toute l’Europe. Avec une taxe européenne des millionnaires, ce ne seraient pas les simples citoyens qui devraient assumer financièrement la crise. Et avec cette taxe des millionnaires, on pourrait créer de l’emploi, de l’emploi dont on a besoin partout en Europe. L’argent de la taxe des millionnaires peut créer des emplois dans les soins de santé, dans l’enseignement, dans les services publics. Il peut contribuer au développement d’une économie verte et à une sécurité sociale européenne, à un programme public de recherche scientifique au lieu d’un programme soumis aux volontés du privé.
À quoi la commercialisation effrénée mène, on le voit bien en Belgique, dans le secteur des maisons de repos. Ces cinq dernières années, quelque dix mille lits de maisons de repos du secteur non marchand sont devenus des lits à vocation commerciale. Les exploitants privés le font seulement pour gagner plus d’argent et engranger des bénéfices faramineux alors que ce secteur a tellement de besoins non satisfaits. Le père Damien qui a été béatifié voici quelques semaines à Rome habitait à Tremelo, un village situé à une dizaine de kilomètres de là où j’habite. Mais, à Tremelo, il y a aussi une maison de repos qui porte le nom du père Damien. Ce home a été racheté par une firme commerciale, Senior Living Groep. L’an dernier, cette maison de repos a distribué 28 millions d’euros à ses actionnaires. Vous savez ce que ça représente, 28 millions d’euros ? C’est le salaire annuel de 620 infirmières. Non, on ne peut pas faire de profit sur le dos des plus faibles et des personnes âgées.
La privatisation mène à une offre duale : des maisons de repos très chères pour les nantis, et des homes indignes pour les plus pauvres. La privatisation mène à la liquidation du personnel et au démantèlement des soins de santé de qualité.
Il faut de l’argent public pour les maisons de repos pour les plus âgés et pour les crèches pour les enfants. Je veux une Europe qui laisse aux autorités le droit de continuer à subventionner ces maisons de repos et ces crèches. Si, d’ici peu, ma petite-fille a besoin d’une crèche, je veux pouvoir l’y laisser le cœur rassuré. Je veux un service public de qualité et non des crèches privatisées comme aux Pays-Bas.
Je travaille à l’hôpital universitaire Gasthuisberg à Louvain (Leuven). C’est le plus gros hôpital d’Europe, avec plus de 8 000 travailleurs. Les soins de santé sont un droit pour tous. On ne doit pas faire de profit sur le dos des malades, des nécessiteux, des personnes âgées.
Si les politiciens européens décident beaucoup par-dessus nos têtes, il y a heureusement beaucoup d’idées rafraîchissantes que nous pouvons concrétiser avec les syndicats, les organisations non gouvernementales et les partis politiques progressistes.
People first, not profit. Les gens d’abord, pas le profit. En Europe aussi !
Tine Van Rompuy, 0486 83 40 40 – 016 44 96 92.




